à terre de Dominique Duthuit
à terre
Espaces urbains entre parenthèse, en transit, entre un avant dont nous avons perdu toute conscience et un après qui flaire la mort, la disparition, l’effacement total.
« A terre » est un parcours qui défie l’espace et le temps pour tenter de fixer dans notre mémoire quelques traces de nos circulations dans la ville. Contre nature presque, le regard s’attarde et s’arrête sur des lignes, des rails, des quadrillages, des bouches d’égout, autant d’éléments fonctionnels, que notre pensée ignore ou méprise. Ici, la belle ouvrage humaine, destinée à guider nos pas, légiférer nos chemins, optimiser nos déplacements, occupe le cadre tout entier. Personne sauf des constructions, des scarifications, des empreintes.
D’une image à l’autre, un même monde capturé, quadrillé, fléché se resserre. De Tokyo à Lisbonne, d’Oxford à Paris, de Lille à Marseille, les icônes peintes, les injonctions à tourner, à bifurquer, à s’arrêter, se répondent, dans un chaos de directions contradictoires, pour nouer un dialogue confraternel d’une même humanité. Tout roule sauf que. L’écorce se rebelle et nous renvoie à ce que nous sommes, locataires dérisoires d’un territoire qui nous échappe. L’eau, la poussière, le sang, l’herbe, la pourriture prennent d’assaut nos fragiles parchemins de vie pour réaffirmer une place spoliée et légitime. Disparus de la carte dont nous étions, et les ordonnateurs, et les usagers, il ne reste plus que notre legs à la terre, éphémère et arrêté dans un temps non identifié. Depuis 30 ans, 20 ans, 10 ans, qu’importe.
Franck Landron, au hasard des rues, des parkings, des métros, des marchés, scrute et relève infatigablement, sur le sol, des poèmes de vie, des tableaux évocateurs de nos passages, de nos masques, de nos blessures, de nos limites. En perte de repères géographiques et temporels, l’œil s’abandonne et vagabonde dans la peinture d’une nouvelle peau terrestre, familière et étrange, concrète et évanescente, prosaïque et sublimée.
Dominique Duthuit
à terre - On the ground
Urban spaces in between brackets, in transit, between a “before” of which we have lost all consciousness and an “after” exuding a sense of death, extinction, total obliteration.
« A terre » is a route defying space and time in its endeavor to commit to our memory a few traces of our moving around through the city. Almost against their nature, eyes linger and stop on lines, rails, grid-patterns, drain covers, so many functional items our thought processes ignore or despise. The fine human work, meant to guide our footsteps, legislate our paths, optimize our moving, fills up the whole framework here. No one to be seen, just constructions, scarifications, prints.
From one image to another, the same captured, cross-ruled, signposted-with-arrows world narrows. From Tokyo to Lisbon, Oxford to Paris, Lille to Marseille, painted icons, summons to turn, fork off, stop, echo each other in a chaos of contradictory directions engaging in a fraternal dialogue of shared humanity. It all runs smoothly but. The bark rebels and returns us to what we are, insignificant tenants of a territory which eludes us. Water, dust, blood, grass, rot, hit our fragile parchments of life to re-assert a legitimate but despoiled place. Erased from the map which we both made and use, we leave behind our legacy to the earth, transient and stilled in an unidentified time. For 30, 20, 10 years, no matter.
Franck Landron, wandering streets, parking lots, metros, markets, has been scrutinizing and relentlessly picking up from the ground, poems of life, pictures reminiscent of our coming-and-goings, our masks, our wounds, our limits. Loosing its bearings in space and time, the eye gives itself over and roams through the depiction of a new earth crust, familiar and strange, concrete and evanescent, mundane and sublimated.
Dominique Duthuit